REM KOOLHAAS, Junkspace

Lecture comparée aux travaux d’exploration et d’analyse du quartier d’affaires de La Défense

Le Junkspace de Rem Koolhaas, recueil de trois essais (Bigness, La Ville Générique, Junkspace) est un manifeste rétroactif sur les villes d’aujourd’hui. En bien des aspects, sa vision de la ville se confond avec celle que l’observateur pourra porter sur le quartier d’affaires de La Défense.

Des espaces où n’importe quoi était possible, où l’on a oublié tout contexte – merde au contexte- où chaque bâtiment est une machine célibataire, aussi prodigieuse qu’inutile, où chacun de ces édifices de la modernité est tenue à l’autre par une même structure, la dalle et son infrastructure, et relié par des réseaux souterrains de desserte et de service. Sans les autres, un bâtiment n’existe plus, les parties demeurent liées au tout. Mais ses infrastructures sont de plus en plus locales et concurrentielles et ne prétendent plus créer un ensemble qui fonctionne. Chaque nouvelle infrastructure crée des impasses et des enclaves. Comment manier cette structure difficile?

La taille de la ville / du quartier de la Défense, ville en lui même qui ignore les villes avoisinantes, est en lui même un programme. C’est la théorie de la Bigness. Ou plutôt l’absence de théorie mais simplement un constat: les Grosses erreurs sont notre seul lien à la Bigness, on ne sait que faire aujourd’hui de ces grands ensembles. La Bigness est incapable d’établir des relation avec la ville classique, elle est elle même la ville.

La Bigness tient des activités à l’écart, elle engendre des zones oubliées, libérées de l’architecture, les dessous de La Défense en contiennent énormément, ces passages techniques, ces issues de secours, ces parking, ces vides, ces entre deux sans usages, etc…

La Bigness est impersonnelle, comme dans le quartier de La Décence, l’architecture ne porte pas de nom célèbre. Si elle existe, elle est le résultat d’un travail d’équipe, ingénieurs, entrepreneurs, politiques. C’est l’énormité de l’objet fini qui le défini.

La Ville Générique est une ville sous sédatif, sereine par l’évacuation de la voie publique, elle permet seulement les mouvements nécessaires, ceux des voitures. Le quartier de la Défense au contraire veut rendre toute la dalle au public et distingue clairement le piéton de la voiture, placée sous le niveau du sol du quartier. L’urbanisme a pour intention de privilégier la place du piéton.

Dans ses sous-sols néanmoins, « les parkings prennent tout l’espace, leur design semble viser l’efficacité pour l’automobile, est en fait d’une sensualité surprenante : un prétexte utilitaire pour entrer dans l’espace doux. » Cela se vérifie dans les sous-sols de La Défense, composé essentiellement de parking juxtaposés à des espaces de services, des issues et des gaines techniques, le contraste de traitement de ces lieux est saisissant. Les parkings sont propres, brillants, vernis et colorés, l’ambiance sonore est étudiée pour notre sérénité, la lumière est diffuse là ou le visiteur est autorisé à passer. Derrière le vernis, les espaces résiduels et de services sont le refuge du rejet de la société. Incontrôlables, ces lieux sont souvent l’abri du SDF, Rem Koolhaas s’étonne de ce constat : « ceux qui ont le moins d’argent habitent dans la matière première la plus chère -la terre- tandis que ceux qui payent habitent ce qui est gratuit -l’air. »

A La Défense, on a laissé volontairement la statut de la Défense, elle est là bêtement sans visibilité et sans autre raison d’être que la préservation d’un passé minimum. La Ville Générique est née d’une table rase, elle n’est pas historique mais possède toujours un quartier de faux semblant où l’on préserve un passé minimum.

Le programme des activités se résume en deux points : travailler et faire ses courses. Pourquoi pas des universités, des termes, des bibliothèques ? Qu’adviendra-t-il dans un futur proche ou nous travaillerons à domicile? Que faire de cette ville? Le champs est libre.

Cet article a été publié dans GIRAUX Aude. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s