LE RAPPORT BUCHANAN

Traffic in towns est le titre du rapport de Colin D. Buchanan livré au ministre des transports britanniques Ernest Marples en 1963.

Cet ouvrage est souvent cité pour expliquer les projets d’aménagement urbain des années 60-70. C’est une illustration parallèle des thèses soutenues par la Charte d’Athènes de 1933. Son but premier est de révéler les problèmes urbains liés à l’omniprésence de l’automobile dans les villes britanniques.

« Au xviie siècle encore, tout ce qui circulait dans le Palais de Versailles — hommes et parfois bêtes — passait par les salons, tout comme aujourd’hui Oxford Street voit défiler sans distinction des camions se rendant sur les quais, des camionnettes livrant des marchandises dans les immeubles bordant la rue, des autobus transportant les employés de bureaux et des piétons faisant leurs achats. »

« Dans les grandes villes la seule chance de créer de véritables zones d’environnement capables d’absorber une circulation supérieure au minimum essentiel serait de les réaménager sur deux ou trois plans. Les voies de distribution primaires devraient être construites en sous-sol, les voies secondaires et le stationnement resteraient au niveau de la surface actuelle, une nouvelle zone d’environnement, virtuellement libre de toute circulation, étant implantée sur un nouveau « rez-de-chaussée » artificiel situé à quelques pieds au-dessus de l’actuel. »

Il se divise en deux parties.

Dans la première, le rapport s’appuie le constat du développement irrésistible de l’usage de l’automobile, dont l’urbanisme doit tenir compte désormais. Dans la seconde, le rapport propose une réflexion à l’intention des non-techniciens, qui s’illustre par des projets concrets.

Contrairement à la Charte d’Athènes, le rapport est très illustré. Les propositions qu’il avance s’appuient sur une estimation chiffrée de l’augmentation probable du nombre de véhicules. Les auteurs examinent l’utilité des voies en classant la circulation essentielle et la circulation non-essentielle, la circulation de transit, la circulation locale

 Example of traffic architecture (Pen Centre Philadelphia), traffic in towns p.46

L’analyse se conclut sur la notion d’environnement, qui se définit comme « une place, une zone, voire une rue libérée des dangers et des inconvénients de la circulation automobile ».
Il relève pourtant un paradoxe. En effet, la mise en place d’un tel environnement favorisant les circulations piétonnes est confrontée à la volonté de conserver une accessibilité des voitures, qui ne sauraient être sacrifiée.

Ces idées impliquent le principe d’une architecture adaptée à la circulation. À cet égard, le rapport Buchanan maintient une certaine distance avec la Charte d’Athènes, qui recommandait d’isoler la circulation sans toutefois s’attaquer à la question de modifier les bâtiments en fonction de la circulation automobile.

Les auteurs s’appuient sur l’exemple de l’hôpital qui rejoint la conception hygiéniste de la ville. Un hôpital comprend des zones interdites à la circulation bien distincte. La métaphore de l’hôpital renvoie à une reformulation complète de l’espace urbain, désormais pensé comme un immeuble. Ce projet est intitulé conception cellulaire, s’alignant sur le principe de Sir Alker Tripp vingt ans plus tôt :

Schéma de circulation d'un hopital

« On doit trouver des zones d’environnement agréable – des chambres urbaines – où les gens puissent vivre, travailler, faire des courses, flâner (…) ; il doit exister aussi un réseau routier complémentaire – des couloirs urbains – permettant d’assurer la distribution primaire de la circulation vers les zones d’environnement ».

Secteurs environnementaux dans lesquels un trafic de desserte est éventuellement autorisé.

Ce rapport propose de combiner les bâtiments et les voies en créant une architecture de la circulation.

Quand il est publié en 1963, les principales opérations de dalle en France comme la Défense ou le Front-de-Seine ont déjà commencé. Mais l’intérêt du rapport Buchanan est d’être le premier texte rassemblant et fixant les grands principes et l’idéologie du dispositif urbain de la dalle.

C’est un rapport analytique, théorique, mais aussi pratique puisqu’il propose des applications détaillées pour différentes villes britanniques. Le rapport Buchanan n’est pas à l’origine de la séparation des voies et de l’étagement des différents niveaux de la ville mais il est plutôt, au tournant des années soixante, une synthèse de l’ensemble des réflexions sur la ville cherchant une nouvelle façon de s’implanter sur le sol. Il s’inspire de projets utopiques ou de propositions de concours publiés à l’époque qui constituent un vivier façonnant progressivement les bases de ce type d’urbanisme.

Sources :

Trafic in towns : the specially shortened edition of the Buchanan Report, Colin D. Buchanan, Penguin / H M Staionary Office, 1964

Les origines de l’architecture sur dalle, Virginie Picon-Lefebvre, dans Les Années ZUP, Architectures de la croissance 1960 – 1973, page 250 à 268, Edition Picard, 2002

Paris – Ville Moderne, Maine-Montparnasse et la Défense, 1950 – 1975, Virginie Lefebvre, Norma Editions, 2003

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