La poétique du labyrinthe d’Emile Aillaud

Connu pour sa contribution à la construction des grands ensembles lors de la Reconstruction (la Grande Borne à Grigny, le quartier Picasso à Nanterre, les Courtilières à Pantin pour les plus connus), Emile Aillaud (1902-1988) s’est démarqué des constructions monotones produites pour les logements de masse en proposant une architecture poétique, aux formes recherchées et aux cheminements complexes.

LA VILLE TRADITIONNELLE : A l’encontre des théories hygiénistes et urbanistes modernes il propose une démarche intuitive et poétique. Fasciné par les qualités de la ville traditionnelle, à l’instar de la ville de Lucques en Toscane, il reprend ses grands principes pour construire ces grands quartiers. Dans toutes ses constructions, Aillaud cherchera à concilier les caractéristiques de la ville spontanée et celles du plan.

Il ne croit pas aux grands espaces verts des modernes, ni à l’idéal de la ville-campagne.  Le quartier doit être dessiné comme la ville historique : dense, minéral, labyrinthique. Pour Aillaud, la ville est à l’image du madrépore c’est-à-dire constituée de multiples lieux clos, replis, clôtures et ouvertures. Pleines de poches, elle rend possible des moments de solitude où l’individu se construit.

netted madrépore

Un madrépore

Ses constructions apportent un grand soin au traitement du sol qu’il veut minéral. Pour Aillaud, l’architecture des vides compte autant que celle des volumes construits : « le sol doit être traité comme une façade ». A Grigny, le sol de la Grande Borne devient à la fois œuvre d’art, terrain de jeu, cachette… Grigny place de l'équinoxe

NANTERRE : Au quartier Picasso (1974-1978), à Nanterre, Aillaud transpose l’idée du labyrinthe urbain à un traitement complexe du sol. Entre les célèbres « tours nuages » abritant plus de 1600 logements, il dégage un parc et créé de véritables collines dallées, libérées de la circulation automobile grâce à un grand parking souterrain sur 3 niveaux. La topographie minérale du dessus dessine, elle, des rues, des allées, des places et aménage des éléments du parc (jeux, attractions…). Aillaud dira qu’il a voulu « reconstituer au sol le côté dédaléen, inhérent à la ville ».

les tours nuages 5951502507_702d86df2e_b

« Un cheminement concerté de solitude et de surprises »

Les HALLES , proposition 1 (1974): Dans ces croquis pour le concours que l’on retrouve des pistes de prolongement de cette idée du labyrinthe appliqué aux 3 dimensions. Comme, par exemple, une proposition pour le concours des Halles (1974) pour lequel Aillaud combine cette idée à la conservation de la trame urbaine existante en creusant les commerces dans un système de patios. Cette solution est très innovante pour l’époque, de plus elle est en opposition à une composition monumentale pour les Halles au centre de Paris. Il refuse l’idée d’un Forum souterrain qui transformerait l’habitant en acheteur. Il imagine au niveau inférieur (-5 m ) un système de passages et de portiques permettant de relier toutes les cours dont chacune d’elles serait animées par des attractions ponctuelles (volière, jardin d’agrément, fosse pour 2 ou 3 ours, installations artistiques…).

les halles 1974

Aillaud a été influencé par le travail de Jean-Claude Bernard, architecte et urbaniste, membre des GIAP (Groupe international d’architecture prospective) fondé dans les années soixante, notamment pour son projet de la ville totale, véritable labyrinthe spatial conçu dès 1960. Ce projet manifeste se rapproche du travail d’Aillaud dans sa critique de la ville de la Chartes d’ Athènes. Elle s’inspire de la «ville-grappe», la «ville-labyrinthe» plus proche du tissu urbain traditionnel. La figure du labyrinthe se traduit par une complexité des parcours de piétons qui amène à « une profusion de sols artificiels ». Les circulations se faisant par des systèmes mécaniques (ascenseur, « motoplan»). On voit dans cette photo de maquette le concept fort de dalle, qui renverse l’idée de circulation en ville.

la ville totale Jean Claude Bernard

Maquette de la ville totale, 1962-64

Bibliographie :

DHUYS Jean-François, L’architecture selon Emile Aillaud (Ed. Dunod)

AILLAUD Emile, Désordre apparent, Ordre caché (Ed. Fayard)

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Un commentaire pour La poétique du labyrinthe d’Emile Aillaud

  1. La poétique de la ville se trouve dans La Grande Borne, les « Tours Nuages » a Nanterre, ainsi que dans d´autres projets urbanistiques faites par M. Emile Aillaud et on peut trouver l¨ordre caché dans le desordre apparent
    Godofredo Salazar Reyes
    Urban & Regional Planner

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