UNE ARCHITECTURE SOUTERRAINE SANS ARCHITECTE POUR UN BÂTIMENT SOUTERRAIN SANS ARCHITECTURE

L’histoire des dalles montre que cet outil d’urbanisation controversé n’a que rarement été en phase avec son temps et son environnement. La plupart des opérations que nous connaissons sont marquées par les critiques et les échecs, au point de se retrouver au rang des tabous de l’urbanisme contemporain. Destinée à représenter et supporter l’avenir des villes, la dalle semble plutôt avoir été utilisée afin de balayer les vices inesthétiques des réseaux et des techniques sous le tapis de la métropole et de la conscience collective…

L’objet dalle a de particulier qu’il va simultanément fabriquer une sous-face, c’est à dire un plafond, pour les programmes qu’elle abrite en sous-sols, et une surface, c’est à dire un sol artificiel, pour des usages et des pratiques de plein air et de lumière, libérés enfin de toute contrainte. Cependant, la dalle n’a jamais été considérée comme un bâtiment à part entière, simplement parce qu’elle n’a jamais été pensée comme tel. Elle n’est qu’un système censé répondre aux problèmes inhérents à la ville moderne, comme la paralysie des flux routiers, le stationnement des véhicules, les gares et les stations de transports en commun et le transit multimodal.

A l’instar des réseaux souterrains du métro ou du RER, ainsi que toutes les galeries techniques de mouvements verticaux et horizontaux (ascenseurs, tapis roulants, escalators etc.), les dessous de la dalle naissent d’une recette qui combine une efficacité logistique souvent discutable à une politique du minima pragmatique d’usage et d’économie. Aucune place n’est laissée au hasard et les sous-sols sont jalousement gardés en bas de l’échelle du sensible par la censure métropolitaine.

L’homme n’a pas sa place sous terre car il ne s’est pas donné les moyens de l’avoir. Il s’est fait devancé par la machinerie qu’il a paradoxalement lui même conçu pour améliorer son cadre de vie. Mais la claustrophobie, l’obscurité, la saleté, le squat, la peur et même la violence ont investi et dominé les bas fonds de la ville. Les eaux de certains réservoirs souterrains, les égouts et même les tombeaux des catacombes semblent profiter mieux que nous des profondeurs urbaines. Qui aujourd’hui peut se vanter d’apprécier prendre le métro, emprunter les couloirs des gares du RER ou garer son véhicule dans les parkings souterrains ?

Avec la dalle, la ville disposait d’une solution inespérée pour résoudre les maux qui la rongeaient. Par l’enfouissement ou le recouvrement de ses entités fonctionnalistes, elle aurait permis un aménagement de surface débarrassé des obstacles, du bruit et de la pollution. Mais elle s’est contenté d’intervenir au hasard des nécessites locales, apportant des solutions minimales et précaires, qui ont abouti à des échecs techniques et socio-économiques. Enfouir un parking pour libérer de l’espace afin de construire des logements ou des commerces ne semble pourtant pas être la plus mauvaise des idées.

Mais comme la sous-face de la dalle, la surface n’a su convaincre. Triste étendue longiligne de béton aux revêtements synthétiques et stéréotypés, la surface n’a pas mobilisé l’imaginaire qui l’aurait conduit à devenir l’architecture de la topographie urbaine. Une topographie évolutive aussi bien dans son temps que dans sa géométrie. Un sol artificiel abolissant la fracture entre le dessous et le dessus. Un camouflage intelligent restituant aux villes la fierté de leurs infrastructures.

La dalle n’a pas su se faire apprécier des architectes (ni de ses usagers), comme l’ont été d’autres ouvrages dessinés par les ingénieurs, pour leur qualités structurelles ou esthétiques (comme les ponts, les silos etc.). Pourtant, elle atteindrait une monumentalité dont toutes les agences d’architecture réputées s’arracheraient la réalisation si elle était pensée dans l’ambivalence mais surtout la complémentarité de sa sous-face et de sa surface. Adaptée à l’échelle de l’homme et de ses fantasmes plus qu’à celle de la machine et de ses contraintes, la dalle se révèlerai être l’outil urbain indispensable à la réactivation et au développement architectural des sous-sols, et ainsi de la ville elle-même.

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